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Interview

Entretien avec Vincent Caure

Député de la 3e circonscription des Français établis hors de France

Président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale

Riga — Septembre 2026

Vincent Caure, député des Français établis hors de France, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale

À l’occasion de sa visite à Riga, le Business Club France Latvia a souhaité échanger avec Vincent Caure sur la place de la Lettonie et des pays baltes dans les relations économiques françaises, les opportunités pour les entreprises françaises, le rôle des entrepreneurs établis localement et l’évolution du contexte stratégique en Europe du Nord.

Au fil de cet entretien, Vincent Caure revient également sur le rôle que peuvent jouer les réseaux économiques locaux pour rapprocher entreprises, institutions et décideurs français et lettons.

Business Club France Latvia × Vincent Caure
01

Vous représentez les Français établis dans dix pays d’Europe du Nord. Quelles sont aujourd’hui leurs principales préoccupations ?

Vincent Caure —Les préoccupations des Français établis dans les dix pays que je représente sont très concrètes et, pour une large part, communes d’un pays à l’autre. Je dirais qu’elles concernent d’abord et avant tout l’accès aux services publics français : la qualité des services consulaires, l’accès à une scolarité en français, mais aussi les questions de protection sociale, de fiscalité ou de retraite. À cela s’ajoutent des préoccupations liées à la mobilité, à la sécurité et, plus largement, au maintien d’un lien avec la France.

Mais ce lien ne peut pas être pensé de manière uniforme : vivre en Lettonie, en Islande ou au Royaume-Uni ne répond évidemment pas aux mêmes réalités. Mon rôle est donc de prendre en compte ces différences et de veiller à ce que les Français d’Europe du Nord puissent s’épanouir dans leur expertise.

Vincent Caure, écharpe tricolore, lors d’une cérémonie de rentrée aux côtés de la communauté française et francophone de Riga.
Vincent Caure, écharpe tricolore, lors d’une cérémonie de rentrée aux côtés de la communauté française et francophone de Riga.
02

Lorsqu’on regarde la Lettonie depuis Paris, quels sont selon vous les atouts du pays qui restent encore insuffisamment connus des entreprises françaises ?

La Lettonie possède plusieurs atouts. C’est un pays très digitalisé, doté d’infrastructures de qualité, d’un écosystème technologique dynamique et surtout d’une véritable culture de l’innovation. C’est également un environnement dans lequel les décisions peuvent être prises rapidement et où les échanges entre entreprises, administrations et acteurs économiques sont souvent assez directs, bien plus qu’en France.

La taille du marché peut, paradoxalement, constituer un avantage. Elle permet à une entreprise de tester rapidement un produit ou un modèle, de construire des partenariats et d’obtenir des premiers retours avant d’envisager un développement à l’échelle régionale.

Il faut surtout regarder la Lettonie non pas comme un marché isolé, mais comme une porte d’entrée vers l’ensemble de la région baltique et nordique. C’est cette dimension régionale qui, à mon sens, est encore insuffisamment perçue depuis la France.

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Et inversement, qu’est-ce qui freine encore les entreprises françaises qui souhaiteraient se développer en Lettonie ou plus largement dans les pays baltes ?

Le premier frein est probablement une question de perception. Lorsqu’on regarde uniquement les chiffres de population de la Lettonie ou des autres pays baltes, on peut avoir le sentiment qu’il s’agit de marchés trop petits pour justifier un investissement. C’est une erreur de raisonnement : il faut penser en termes de région et de proximité avec les marchés nordiques.

Il existe également un déficit de connaissance du terrain. Une entreprise française peut avoir du mal à identifier les bons interlocuteurs, les partenaires fiables ou les spécificités du marché local lorsqu’elle reste à distance.

Les entreprises qui réussissent leur implantation sont souvent celles qui prennent le temps de venir sur place, de rencontrer les acteurs locaux et de construire progressivement leur réseau. Dans ces marchés, la relation de confiance et la connaissance du terrain peuvent faire toute la différence.

Vincent Caure lors de sa visite à Riga, devant les drapeaux français, européen et letton, aux côtés de partenaires institutionnels et de représentants du Business Club France Latvia.
Vincent Caure lors de sa visite à Riga, devant les drapeaux français, européen et letton, aux côtés de partenaires institutionnels et de représentants du Business Club France Latvia.
04

Dans le contexte géopolitique actuel, voyez-vous l’Europe du Nord et les pays baltes prendre une place plus importante dans la stratégie économique et industrielle française ?

Oui, clairement. La guerre en Ukraine et l’évolution du contexte géopolitique européen ont profondément changé notre perception de l’Europe du Nord et des pays baltes. Ces pays sont aujourd’hui au cœur de questions qui sont devenues absolument stratégiques pour l’ensemble de l’Europe : défense, sécurité, résilience des infrastructures, énergie, cybersécurité ou encore protection des chaînes d’approvisionnement.

Cette proximité stratégique doit se traduire par un rapprochement économique et industriel. Pour la France, l’enjeu est désormais de passer d’une proximité stratégique croissante à des partenariats concrets et durables. Cela suppose de mieux connaître les écosystèmes locaux, de faire davantage travailler ensemble nos entreprises et de favoriser des coopérations européennes dans les secteurs où nous partageons des intérêts de souveraineté.

05

Quels secteurs offrent, selon vous, les meilleures opportunités de coopération entre entreprises françaises et lettones dans les prochaines années ?

Vincent Caure —La défense et la sécurité sont évidemment des secteurs majeurs, compte tenu du contexte géopolitique actuel. La cybersécurité, les technologies duales et la protection des infrastructures critiques offrent également de très belles perspectives. Mais je ne voudrais pas réduire les possibilités de coopération à ces seuls domaines, il existe aussi des opportunités importantes dans l’énergie, les infrastructures, la mobilité, le numérique et les technologies industrielles.

Ce qui peut être particulièrement intéressant dans la coopération franco-lettone, c’est la complémentarité de nos écosystèmes. La France dispose d’une forte capacité industrielle et d’une expérience importante dans de nombreux secteurs stratégiques. La Lettonie peut apporter son agilité, son dynamisme technologique et sa connaissance des marchés régionaux. C’est en recherchant cette complémentarité que nous pouvons construire des partenariats véritablement gagnant-gagnant.

06

Dans des domaines comme la défense, la sécurité ou la cybersécurité, comment transformer le rapprochement stratégique entre la France et les pays baltes en coopérations économiques concrètes ?

La première étape est de passer des déclarations d’intention à des projets très concrets. Cela signifie mieux identifier les compétences et les besoins de chacun, organiser des mises en relation entre industriels et faciliter leur participation commune aux appels d’offres et aux programmes européens.

Il faut également penser aux PME innovantes, qui ont souvent des solutions très intéressantes mais qui ne disposent pas seules des moyens nécessaires pour accéder à de nouveaux marchés ou à de grands programmes.

La défense et la cybersécurité peuvent constituer des points d’entrée mais l’objectif doit être plus large : créer de véritables chaînes de valeur européennes, développer des technologies duales et faire émerger des partenariats industriels qui s’inscrivent dans la durée. C’est cette logique de coopération concrète qui permettra de donner une traduction économique à notre rapprochement stratégique.

Vincent Caure, écharpe tricolore, lors d’une réception avec la communauté française de Riga.
Vincent Caure, écharpe tricolore, lors d’une réception avec la communauté française de Riga.
07

Quel rôle les entrepreneurs français établis localement et un réseau comme le Business Club France Latvia peuvent-ils jouer pour renforcer la présence économique française en Lettonie ?

Les entrepreneurs français qui vivent et travaillent en Lettonie jouent un rôle essentiel parce qu’ils connaissent le terrain. Ils savent comment fonctionne le marché, quels sont les bons interlocuteurs, quels sont les besoins des entreprises et, surtout, quelles sont les différences entre la réalité locale et l’image que l’on peut en avoir depuis Paris.

Un réseau comme le Business Club France Latvia peut précisément transformer cette connaissance du terrain en opportunités concrètes : mises en relation, échanges d’expérience, événements sectoriels, identification de partenaires ou accompagnement d’entreprises françaises qui souhaitent franchir le pas.

C’est un rôle de passerelle particulièrement précieux. Il ne s’agit évidemment pas de se substituer aux dispositifs publics ou à l’action de l’Ambassade, mais de les compléter par une connaissance très opérationnelle du monde économique local.

08

Que faudrait-il faire, très concrètement, pour que davantage de PME et d’ETI françaises considèrent la Lettonie et les pays baltes comme de véritables marchés de développement ?

Il faut d’abord changer notre manière de regarder cette région. Les trois pays baltes ne doivent pas être considérés comme trois petits marchés isolés, mais comme un ensemble régional ouvert sur les pays nordiques et intégré au marché européen.

Ensuite, il faut faciliter le premier pas. Pour une PME ou une ETI, le principal obstacle n’est pas toujours le manque d’intérêt : c’est souvent le coût, le temps et le risque associés à la découverte d’un nouveau marché. Il faut donc multiplier les missions ciblées, faciliter les premiers rendez-vous avec des interlocuteurs qualifiés, identifier des partenaires locaux et partager davantage les retours d’expérience des entreprises françaises déjà présentes.

Temps d’échange avec des membres de la communauté française et des entrepreneurs établis à Riga.
Temps d’échange avec des membres de la communauté française et des entrepreneurs établis à Riga.
09

Vous êtes désormais Président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale. Quelles priorités souhaitez-vous porter dans cette nouvelle fonction ?

La Commission des lois est au cœur de questions qui touchent directement à la confiance que les citoyens accordent à leurs institutions et à l’État. Les sujets sont très larges : sécurité, justice, libertés publiques, fonctionnement des institutions, lutte contre les ingérences étrangères ou encore protection des données et cybersécurité.

Ma première priorité sera de veiller à ce que nous produisions des lois réellement utiles, compréhensibles et applicables. Faire la loi ne consiste pas simplement à multiplier les normes : il faut s’assurer qu’elles répondent à un problème concret et qu’elles puissent effectivement être mises en œuvre, comme je l’ai fait avec ma loi visant à reconnaître les diplômes de médecine obtenus au Royaume-Uni entamés avant le Brexit.

Je souhaite également que la Commission des lois soit un lieu de travail et de débat exigeant, où nous soyons capables de dépasser les postures politiques pour rechercher les solutions les plus efficaces.

Enfin, je suis particulièrement attaché à l’équilibre entre l’efficacité de l’action publique, la protection des citoyens et le respect de l’État de droit et des libertés fondamentales. C’est cet équilibre qui doit guider notre travail.

10

Pour terminer : si vous deviez convaincre en trente secondes un entrepreneur français de venir regarder sérieusement la Lettonie, que lui diriez-vous ?

Vincent Caure —Je lui dirais très simplement : venez voir par vous-même. La Lettonie est un pays européen stable, très digitalisé, agile et ouvert, avec un écosystème économique dynamique et un accès relativement direct aux décideurs. Elle offre aussi un point d’entrée particulièrement intéressant vers les autres marchés baltes et nordiques. Quelques jours sur place, quelques rencontres avec des entrepreneurs et des acteurs économiques locaux peuvent suffire à faire apparaître des opportunités que l’on ne percevait pas depuis Paris.

Et surtout, il ne faut pas rester seul : un réseau comme le Business Club France Latvia peut justement aider une entreprise française à comprendre le terrain et à faire ses premiers pas. Je lui dirais donc aussi de prendre contact avec le Business Club France Latvia !

Vous souhaitez développer une activité ou identifier des partenaires en Lettonie ?

Le Business Club France Latvia facilite les mises en relation entre entreprises, entrepreneurs, institutions et acteurs économiques français et lettons.

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